lundi 5 décembre 2016

Semaines réintégrées - Semaine 1 — Mais qu’est-ce que j’ai?

Crédit photo : pixabay.com

Nous avions déjà débuté d’égrener l’année 2009 lorsque j’ai croisé pour la première fois sur le Net une liste des symptômes et manifestations du syndrome d’Asperger. Je scrutais à l’époque tout ce qui me tombait à portée d’yeux afin de cumuler des informations pertinentes sur les codes sociaux et la communication. J’avais identifié que la source de tous mes problèmes avec mes semblables tenait sa réponse dans mon ignorance de ces fameux codes secrets. Mais des informations sur les codes sociaux, surtout les codes non-dits et non-écrits, il n’y avait pratiquement aucune trace ou esquisse à portée de clavier. Comme un bolide de Formule 1 vrombissant en circuit fermé, je tournais immanquablement autour du même phénomène hermétique : des articles sur le syndrome d’Asperger et sur les troubles envahissants du développement (TED), tel que nommés à l’époque. Aujourd’hui, ils ont été rebaptisés TSA (troubles du spectre autistique). Intriguée de revenir invariablement au même point, j’ai commencé ma lecture. Ensuite, j’ai cru comprendre, avec inquiétude, la situation. Puis, finalement, je me suis dit : « Non, non, ce n’est pas moi, je ne suis pas du tout comme ça. » J’étais soudainement possédée par un indécrassable déni. Je ne voulais tout simplement pas voir, point final.

Six mois plus tard, ma vie n’avait pas changé d’un centième de millimètre. Je me montrais toujours aussi anxieuse en public et effacée dans les turbulentes réunions familiales. Maladroite et gaffeuse avec mon entourage dès que je daignais ouvrir la bouche pour cracher des syllabes et des onomatopées. Et j’avais le sentiment d’être frappée d’une attaque de stupidité naïve lorsqu’il me fallait adresser la parole à mes contemporains, même à la très automate caissière de l’épicerie. Pourtant, il me semblait que j’étais assez brillante en solo ou avec quelques personnes très proches sur un court laps de temps. Mais dès que d’autres personnes venaient s’additionner, je devenais immanquablement muette et perdue. Mon cerveau se vidait et je n’avais plus accès à mes bases de données intérieures. J’ai donc repris mes recherches et je me suis imposé, cette fois-ci, d’être implacablement lucide avec moi-même. Et j’ai vu, j’ai relu, j’ai su. J’ai su que j’avais sans l’ombre d’un doute le syndrome d’Asperger. Et j’ai eu très peur.

J’ai scruté à la loupe afin de trouver, en vain, le petit élément qui aurait pu me disculper et me sortir du terrible constat. J’ai cherché ce qui aurait pu me permettre de croire, enfin, que non, « je n’étais pas ce genre de personne-là »… Mais plus je lisais, plus j’étais acculée au pied du mur. Oui, c’était bien moi que tous ces articles et tous ces livres détaillaient. Ils discutaient de moi, me décrivaient dans mes moindres recoins, et ce, depuis ma petite enfance; dans les moindres détails clandestins de ma personnalité; dans ma manière marginale et trop logique de voir le monde; dans mon accent français sorti de nulle part qu’on pointait du doigt depuis mes premiers mots prononcés; dans mes sujets d’intérêts obsessifs, de Rimbaud à New York, en passant par le cinéma allemand des années 20; dans mes maladresses incontournables avec mes congénères; dans mon absence de filtre conversationnel qui me rendait parfois insolente ou effrontée sans avertissement; et même dans cette supposée absence d’empathie face aux souffrances des hommes, femmes et enfants qui m’entourent.


J’ai persévéré  dans ma quête de la confirmation de l’autisme durant plusieurs années avant que le diagnostic tombe officiellement. Juillet 2012 : confirmation officielle des mains d’une psychologue réputée. J’étais finalement reconnue pour ce que j’étais. Soulagée, je jubilais d’avoir atteint la destination. Cependant, je me trompais : l’autoroute était encore bien longue et je ne faisais que m’engager dans une nouvelle sortie vers un périple inédit…

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