samedi 17 décembre 2016

Semaines réintégrées - Semaine 34 — Le temps des fêtes est un champ de mines fatal

Crédit photo: pixabay.com

Ah, le superbe temps des fêtes! Toutes ces lumières voyantes qui clignotent sans aucune gêne dans tous les recoins de la maisonnée et ces vœux sublimes de bonne année à venir qui fusent d’un peu partout à la fois comme autant de feux d’artifices! Bienvenues les multicolores traces de rouge à lèvres Lise Watier (ou marque maison) qui laissent des graffitis collants en forme de lèvres semi-ouvertes sur nos joues pâlottes. Tout le monde paraît indécemment content, sauf moi.

Au moins, les deux semaines de vacances qui arrivent en bonus me gratifieront du bénéfice enfin acceptable de me cloitrer avec délice dans des pièces closes, comme un moine discret. Je pourrai pratiquer certains jours mes rituels favoris : zieuter des films de tous genres sans se poser de questions, faire des dodos non chronométrés sous cinq épaisseurs de douillettes, laisser le téléphone sonner et ne pas retourner les appels.

Mais au travers de ces moments délicieux de farniente et d’isolement toléré au nom du repos mérité, je devrai tout de même traverser quelques champs piégés de mines, certaines obligations sont difficilement contournables.

Ces soirées-là…

Noël, c’est trop de lumières aux teintes mal assorties qui arrachent la rétine et fatiguent le nerf optique. C’est trop de gens animés et super motivés à nous raconter une mésaventure banale, mais extraordinaire pour eux, dont ils ne sont pas que peu fiers. L’achat d’un nouveau frigo en acier inoxydable qu’ils ont payé moitié prix parce qu’il y a une égratignure qu’on ne voit presque pas sur le côté gauche, s’être remis au macramé « parce que ça va revenir à la mode un jour, c’est certain », avoir perdu 5 kilos derrière les oreilles ou avoir réussi à pousser le moteur de sa vieille Honda à atteindre les 500 000 kilomètres. Où qu’on se retourne, il y a quelqu’un qui a une vie à raconter. Et avec des détails. Tout le monde est content et fou braque. Alors, je détonne encore, mais depuis le temps, j’ai un peu plus d’expérience et de tolérance.

Juste avant les festivités, je me tâte l’estomac, je supplie la traditionnelle gastro-entérite d’hiver qui coure partout de s’agripper à moi, je lèche presque les poignées de porte derrière les gens grippés afin de devenir captive d’un satané microbe qui me permettrait de garder les gens à distance : « Non, non, ne m’embrasse pas, je suis contagieuse. » Mais avoir mal, oui, ça arrivera. Mon anxiété qui marche sur un fil de fer périlleux va me gruger sans timidité une bonne partie de l’œsophage et me tuer le tiers  du système digestif. Et ce ne sera même pas à cause de l’alcool. Je me sentirai mal au point de vue social à un certain moment donné. Déchargée et épuisée.

Ce gros bonhomme rouge qui attire supposément tous les enfants

À chaque année de mon enfance, j’ai systématiquement refusé de poser mon mini derrière sur les genoux en peluche rouge tomate du père noël du centre d’achat, cet inconnu immense au gros rire gras et maniaque. Il me faisait incroyablement peur. De toute manière, dès qu’un adulte élevait la voix, je ne savais pas s’il voulait m’amuser ou me gronder, alors je figeais comme la femme de Lot et j’allais me cacher dans ma bulle intérieure la plus profonde. SVP, ne pas déranger.

Alors, ce bon vieux personnage mythique, il s’était classifié dans mon top 10 sur l’échelle des dangers à éviter à tout prix. On m’aurait demandé d’aller me coller sur Chucky ou Freddy Krueger que je n’aurais pas été plus effrayée. Quand ma mère m’offrait cette opportunité qui fait saliver tous les enfants, je répondais catégoriquement la même chose : non. Et j’exprimais mon désir sincère. Je n’ai jamais eu de regrets ou un quelconque sentiment de rendez-vous manqué, par la suite. Ce petit rituel social, il n’était vraiment pas conçu pour moi.

Mon gros sapin… roi du salon!

Aujourd’hui encore, quand vient la corvée quasi obligée de dresser et décorer le sapin, j’ai tout de go une hâte fébrile d’atteindre le jour glorieux où je pourrai le recaser dans son emballage d’origine. Je me réjouis à l’avance de l’enfermer de nouveau avec une bonne roulette de collant transparent large pour m’assurer qu’il ne ressortira pas de son tombeau de lui-même avant le mois de décembre suivant.

Ce sapin est un intrus. Il me bloque sans arrêt le chemin quand je passe l’aspirateur, il m’oblige à déplacer des meubles et des objets qui ont plus d’ancienneté et de droits acquis que lui pour lui céder leur place habituelle. Il change mes habitudes, me contraint à recaser une chaise d’appoint ou ma bicyclette stationnaire à un endroit accrochant qui va me stresser durant un bon mois. Le retour à la normale est toujours vivement attendu, avec promesse de soulagement.

À chaque soir, il s’énerve et cherche à attirer mon attention avec ses lumières scintillantes que je fixe comme un indigent devant une vitrine de pâtisserie bien garnie d’éclairs et de petits bateaux en pâte d’amande. C’est beaucoup de stress pour une gogosse en plastique, que j’ai une hâte intempestive à remettre dans sa boite pour un autre 11 mois. Depuis un bon bout, j’ai zappé les guirlandes et les mini-décos bon marché. Néanmoins, les gens persistent. Ils me demandent si j’ai décoré ma maison. Si je dis non, c’est pire que si j’annonçais que la peste noire a refait son apparition et que j’en suis la première porteuse. Ne pas avoir l’esprit du temps des fêtes, c’est refuser d’être possédée par un démon contraignant mais bien essentiel. C’est une petite coche de marginalisation de plus, comme si je n’en avais pas déjà suffisamment.

Au petit trot s’en va la visite…

En préparation d’un souper des fêtes, il y a toujours une sorte d’heure d’arrivée anticipée des invités. Un style flou et pas net, qui n’est pas autistique du tout. « On vous attend autour de 16 h », dit-on. Autour de, ce n’est pas très clair pour moi. Déjà que si quelqu’un se pointe avant ladite heure, je lui ferai une gueule insupportable, s’il arrive après 16 h 01, je suis dans une panique sans nom. Je reste debout au milieu du salon le cerveau en sang, j’écoute Météomédia en boucles (les bulletins météo, ça me calme toujours), je cours d’une fenêtre à l’autre comme un chiot fou qui attend avec impatience le retour tant attendu de son maitre. Quand les invités sont enfin dans la maison, ça va. Je pourrai commencer à stresser pour autre chose : leur présence.

Calculer tous les préparatifs, craindre de manquer d’aliments ou de boissons, ne pas offrir assez de choix ou manquer de verres propres... C’est déjà toute une organisation pour le commun des mortels; pour moi, additionnez à cela l’anxiété sociale et je deviens le petit lapin qui suit la carotte au bout d’un bâton et qui avance à mesure qu’il avance. Je n’y parviens juste pas...

Bon, enfin ils partent. On devrait avoir le droit de donner une heure d’arrivée précise et ensuite on barre la porte et on retourne l’insigne sur la porte du côté « Fermé » comme dans les commerces à l’arrivée de l’heure de clôture. Il faudrait des heures rigides d’ouverture des lieux. Aussi, il serait essentiel de pouvoir aviser à l’avance, et mettre des pancartes visibles dans chaque pièce de l’heure de départ exigée. Quand je sais à l’avance quand les gens quitteront, je peux me ménager l’énergie nécessaire et bien la répartir durant la plage horaire. Si les départs s’éternisent, je gratifie les invités de la baboune du siècle et leur tends leur manteau en répondant à toutes leurs questions et affirmations par un « bien oui » lassé et sec.

Les fêtes, les partys ce n’est définitivement pas pour moi. Je voudrais m’enfouir bien loin dans la terre ou hiberner comme un ours noir, et ce, de l’Halloween jusqu’à la Saint-Valentin. Juste pour ne pas apercevoir une maudite guirlande en aluminium argenté ou une boule décorative aux nouvelles couleurs tendance de l’année, ou pour ne pas entendre les vieux chants de Noël repris par le nouveau chanteur en vogue. Temps de réjouissances, disiez-vous?

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